Chapitre 2 : A la rue !

Publié le 23 Janvier 2016

Chapitre 2 : A la rue !

Février.

Froid et humide.

Charlotte quitte la rue Henri Guilledou et s'engage sur le boulevard Marbeuf. Elle doit gagner la route de Merdrignac. L'amie de la famille chez qui elle a passé le week-end n'a pas de voiture et Charlotte n'a pas d'argent. Donc le meilleur moyen pour rentrer au lycée reste l’auto stoppe. Ce dimanche matin là, elle s'est levée de bonne heure, elle a une longue marche à affronter, elle doit traverser Rennes. Sac à dos accroché au dos, un stock de courage engrangé, un bisou à Léa, l’amie de la famille, et Charlotte s’est lancée dans l’aventure dès huit heure du matin. Onze heure, enfin elle arrive à la sortie de la ville. Elle se place sur le bas côté de la route, détache son sac à dos, et attend les premières voitures. La R.N.est passante, il ne lui faut pas longtemps pour voir une voiture s’arrêter à sa hauteur. A Une vieille guimbarde colorée s'arrête devant la jeune fille. La pauvre fourgonnette avait dû connaître des jours meilleurs. Le jeune homme au volant est une caricature des hippies des années soixante. A sa droite, une jeune femme en robe longue, dort. Charlotte hésite puis se penche à la fenêtre du chauffeur et lui demande s'il va à Loudéac ?

- Ah, ben , Non ! Je vais à Collinée, mais je peux sans doute vous avancer un peu ?

- Ça tombe bien, j'ai une copine qui habite là-bas.

- Monter par la porte du fond, vous n'avez qu'à vous s’asseoir sur le sol, et vous accrocher.

- Heu ?

- Bah, ça ne risque rien ! On l'a fait des centaines de fois.

- Des centaines de fois ! C'est sur, ça ! confirme la jeune femme qui n’a pas ouvert les yeux.

- Bon ? Ben ! OK !

Charlotte s'installe comme elle peut à l'arrière du véhicule. On dirait que l'on a trimbalé des dizaines de chèvres à l'arrière. C'était peut-être ça les « centaines de fois » ?

Accrochée au siège avant, Charlotte rêve que le trajet prenne fin. Entre les odeurs et les soubresauts de la voiture sur la quatre voies, Charlotte a mal au coeur. Elle ne voit rien de la route, elle pourrait être n’importe où ! La voiture s’arrête. Charlotte ne sait pas si elle doit être heureuse ou inquiète.

  • On est déjà arrivé ? Se lance-t-telle pour maîtriser sa peur.

  • Non, mais on va être obligé de te laisser là, j’avais oublié que l’on devait aller voir quelqu’un dans un village là-bas. Ça ne te dérange pas ?

Ben, si ! Mais qu’est-ce que tu veux dire ? T’es juste une auto-stoppeuse. Alors Charlotte affiche son plus jolie sourire et répond :

  • Non, pas de problème ! Je trouverais bien quelqu’un pour rentrer. Nous sommes à combien de Collinée ?

  • Pas beaucoup, à peine 10 kilomètres.

  • Ha ? Oui ! D’accord ! Et c’est dans quel sens ?

Le jeune homme éclate de rire.

  • Ben, route de droite !

Et il redémarre !

Sympa les babas ! Route de droite ! Route de droite ? Mais quelle route de droite ? Charlotte regarde dans tous les sens, elle est au milieu d’un carrefour à quatre routes !

Elle remonte le col de son bombers, rattache son sac sur son dos et se positionne sur un côté de route. Bien sur, elle aurait pu commencer à marcher, mais dans quelle direction ? Il faudra un bon quart d’heure avant la première voiture. Charlotte fait de grands signes,à défaut de l’emmener à Collinée, ils vont sans doute pouvoir la renseigner. Quatre jeunes gens dans une 4L s’arrêtent à son niveau assez étonnés de voir quelqu’un sur le bas côté de cette route. La porte arrière s’ouvre, un jeune homme extirpe ses 1 mètre 87 de l’habitacle. Les vieux réflexes de peur se mettent en branlent chez Charlotte. Elle serre très fort la lanière du sac à dos.

  • Ben, qu’est-ce que tu fous là ? Lui demande-t-il simplement.

  • Je vais à Collinée mais les babas qui m’ont pris en stop m’ont jeté là. Ils avaient des potes à voir.

  • Ah ! Je vois de qui tu veux parler, t’es pas la première qu’ils abandonnent sur ce chemin. En fait, ils habitent juste à côté. Allez vient, on va au match à Collinée, on t’y jettera.

  • Heu ? C’est pas un peu tôt pour un match ?s’inquiète la jeune fille.

  • On mange sur place, la copine du grand dadais qui conduit nous a invité. Alors ? Tu montes ou pas ?

  • Y a de la place là dedans ?

  • T’inquiète ! Pat, pousse toi au fond, la demoiselle vient avec nous !

Le dénommé Pat râle qu’il n’y a pas assez de place finit par s’écraser tout contre la porte, Charlotte peut s'asseoir. L’ambiance est festif dans la voiture. Ils se chamaillent, rient fort, Charlotte se détend doucement. Sans plus d’encombre, elle arrive enfin à Collinée. La 4L stoppe sur le parking de l’église.

  • Tu viens boire une bière avec nous ? Demande le chauffeur.

  • C’est gentil, mais j’ai un peu faim et j’aimerais retrouver ma copine. Une prochaine fois, sans doute.

  • Ok ! Comme tu veux. Allez les gars, c’est reparti ! Kenavo la belle !

  • Kenavo, les gars, amusez-vous bien.

Charlotte s’engage dans la rue Saint-Guillaume, sa copine est la fille des épiciers. Il y a encore du monde plein les rues, la messe vient juste de se terminer. Quand Charlotte entre dans le magasin, personne ne la remarque. La mère, petite et rieuse, est à la caisse. Fanny est dans les rayons aidant une petite vieille trop petite pour attraper la boite de conserve qui l’a tente. Charlotte hésite, personne n’est avertie de sa venue. Elle traîne un peu dans les rayons quand tout à coup un cri la fait sursauté.

  • Charlotte !!!

Fanny, plus grande et plus costaud, vient littéralement la percuter, la serre dans ses bras, et lui crie dans les oreilles.

  • Charlotte, mais qu’est-ce que tu fais là ? Je suis trop contente de te voir.

Sans plus de cérémonie, elle tire l’auto-stoppeuse devant la caisse :

  • Maman, maman ! C’est Charlotte !! Tu sais Charlotte, je t’en ai parler !

  • Ma chérie, répond Maman avec un sourire très agacé, je comprends que tu sois heureuse, mais s’il te plaît un peu plus de retenu. On est dans un magasin, ici, pas dans une cours d’école ! Bonjour Charlotte.

  • Bonjour Madame. Désolée d’arriver ainsi, à l’improviste.

  • Pas grave. Va poser ton sac dans la cuisine et vient nous aider à ranger les rayons. Tu sais le faire au moins ?

  • Oui, Madame, mes parents ont, enfin, avait un magasin.

  • Alors au boulot ! Fanny montre lui le travail à faire et soyez calmes toutes les deux jusqu’à la fermeture, d’accord !

  • Promis M’man !

  • Oui, Madame.

Fanny se saisie du sac de sa copine, le jette dans la cuisine et revient en courant. Déjà Charlotte remet en place les produits d’hygiène. C’est fou ce que les gens sont désordonnés.

13 h, le magasin ferme. Charlotte est sur les genoux.

  • Les filles, lavez-vous les mains et à table. Isabelle, tu vas chercher ton père dans la réserve, s’il te plaît ?

Le père, bourru et intransigeant, ne s’était pas donné la peine de venir saluer Charlotte. Il domine sa femme tant pas la taille que par le caractère taciturne et violent. Ses filles avaient souvent eu à faire à ses gigantesques mains.

  • Papa, je te présente Charlotte, ma copine du lycée, se lance Fanny.

  • Hum !

  • Elle est toute seule aujourd’hui et ne savait pas où aller.

  • M’oui ! Bon à table, on verra plus tard.

Sans mots dire, tous s’installe autour de la table pour déguster le traditionnel poulet rôti avec ses pommes-de-terre au four. Dans un silence pesant, le repas s’éternise. Charlotte est très mal à l’aise et regrette presque d’être venue. Alors que la mère retire de la table les assiettes, qu’Isabelle, la soeur aînée de Fanny, amène le gâteau, l’ambiance semble se détendre. Le père sourit, Fanny est tranquille.

  • Bon, Charlotte, qu’est-ce qui t’arrive ?

Charlotte hésite, elle ne s’attendait pas à ce qu’il lui parle, comme ça, de but en blanc.

  • Tu peux répondre, Charlotte, lui glisse Fanny à l’oreille, il t’aime bien.

La jeune fille ne sait pas trop par où commencer son histoire, elle lui parait tellement incroyable. Fanny l’encourage du regard.

  • Heu ? Ma mère a quitté mon père vendredi soir, elle est partie à Paris.

  • Hum ! et ?

  • Mon père ne veut pas de moi et elle n’avait pas de place. Alors, je reste ici.

  • Tu as dormi où ce week-end ? questionne la mère.

  • Chez une amie de mes parents à Rennes. Mais je voulais revenir au lycée. Alors je suis partie ce matin en stop et la voiture s’arrêtait à Collinée. Je me suis dit que … Peut-être que ... Fanny et moi pourrions retourner à Loudéac ensemble ?

La mère regarde le père qui regarde à son tour sa fille. Le temps est suspendu à la réponse du père. Même Isabelle, que l’histoire ne concerne pas, attend.

  • Tu ne voulais pas y aller en stop Fanny ? demande la mère.

  • Si ! Vous êtes d’accord, dites ? S’il vous plaît ?

Le père réserve sa réponse. La mère attend la réponse du père et les jeunes filles se regardent, impatientes.

  • Je dois préparer mon camion cet après-midi.

Sans rien rajouter de plus, le père se lève et quitte la pièce. A peine est-il parti que Fanny se lève d’un bon :

  • Je vais finir de préparer mon sac. Tu me suis ?

  • Non, Charlotte attend là, sinon vous allez faire les folles et vous ne partirez pas à temps. Intervient la mère.

En moins de temps qu’il le faut pour le dire, Fanny est de retour dans la cuisine, fait la bise à sa mère et sort dans la rue.

Rédigé par Evglantine

Publié dans #Charlotte

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article