Moments de douceur

Publié le 10 Janvier 2017

Un instant d'enfance ...

La neige s'est mise à tomber. Doucettement, un peu hésitante, s’excusant presque de se laisser aller. Puis les minutes passant, elle prend en confiance, se sent de plus en plus légitime, elle occupe le paysage et devient aveuglante et collante.

Le vent, son compagnon, la pousse violemment contre chaque obstacles sur sa route : maisons, voitures, personnes. Ne croyez pas que ce soit par méchanceté, non pas ! ils sont deux enfants qui se chamaille au-dessus de nos têtes, se moquant des conséquences. Ils rient, se chahutent, s’appellent, se laissent tomber puis redoublent de vigueur. Infatigable à nos yeux, ils poursuivent leur jeu de longues heures, heureux d'être libre.

Dès les premiers flocons, je me suis précipitée d'un pas hésitant vers un abris chaleureux et réconfortant. Puis à force que la neige s'agrippe aux pavés de la route, à l’asphalte de la route, mes pas se sont fait un peu moins ferme, glissant par moment. Pendant ce temps la burle

La neige s'est mise à tomber. Doucettement, un peu hésitante, s’excusant presque de se laisser aller. Puis les minutes passant, elle prend en confiance, se sent de plus en plus légitime, elle occupe le paysage et devient aveuglante et collante.

Le vent, son compagnon, la pousse violemment contre chaque obstacles sur sa route : maisons, voitures, personnes. Ne croyez pas que ce soit par méchanceté, non pas ! ils sont deux enfants qui se chamaille au-dessus de nos têtes, se moquant des conséquences. Ils rient, se chahutent, s’appellent, se laissent tomber puis redoublent de vigueur. Infatigable à nos yeux ils poursuivent leur jeu de longues heures, heureux.

Dès les premiers flocons, nous nous sommes précipités d'un pas hésitant vers des abris chaleureux et réconfortants. Puis à force que la neige s'agrippait aux pavés de la route, à l’asphalte de la route, nos pas se sont fait un peu moins ferme, glissant par moment.Pendant ce temps la burle se jouait de nos cheveux, de nos capuches, de nos joues. Piquante, assourdissante, elle riait de notre condition. Et tel un chat qui joue avec un insecte, elle se moquait de nos efforts pour nous mettre à l’abris de ses attaques.

Serrant fort mon manteau, ma progression se fait avec bonheur. Les premiers jours de neige nous sont à chaque fois des retours en enfance. Des odeurs de feux de cheminée, de chocolat chaud embaument notre mémoire. Le goût des fruits d'hiver tels les oranges et les clémentines se rappellent à mes papilles, puis le goût du chocolat noir, offert à une seule occasion  par les sœurs de l’école, supplante l'acide agrume, et parfume le dernier jour d'école avant les vacances de Noël. Les souvenirs remontent de très loin et me ramène dans ce petit village campagnard, dans cette salle paroissiale sentant bon le bois. Lieux de toutes les animations auxquelles, enfants, nous avions le droit de participer. Cette salle qui servait de salle de spectacle, de théâtre, de cinéma, de danse, de sport, de tout.

En ce dernier jour du premier trimestre, les sœurs organisaient des projections de films aux titres depuis longtemps oubliés. Des histoire d’enfants surmontant tous les obstacles mis sur leur route avec force et opiniâtreté,sans jamais oublier leur but. Message subliminale ?

L'odeur de cette salle paroissiale se réinstalle dans ma mémoire, puis celui du bruit des chaises sur le plancher, ces moments de douce tranquillité et d'excitation tout à la fois. Un jour différent des autres, un jour qui nous fait oublier les mathématiques et autres règles de grammaire. Un jour où l’on peut s’amuser sans trop se faire houspiller. Nous chahutons donc sur nos chaises, nous interpellant, nous bousculant, rigolant à gorge déployée jusqu’à ce que la lumière s’éteigne que la mère supérieur nous intime le silence de son “Chut!” sec et militaire. Peu après nous parvenait le bruit de la bobine de film qui se met en route et me voilà kidnappée par des images en noir et blanc. L’enfant vit dans une famille aimante qui l’entoure de chaleur, il est heureux. Il aime les chevaux et en fait régulièrement sous l’oeil attentif de son père. Comme il est fier ce père regardant son fils trottant, sautant, s’occupant de sa monture. Fier comme ne le sera jamais le mien. Mais alors que l’enfant doit participer à un concours des plus important pour sa famille et lui,la maladie arrive, une de celle qui vous paralyse. La mère pleure, le père s’énerve mais l’enfant lui se bat. Et sans rien dire à personne, il s’entraîne tous les jours pour pouvoir se relever. Dans son fauteuil roulant, chaque jour, il se déplace dire bonjour à son cheval qui l’attend sagement dans la pâture. Des larmes plus tard, tout le monde est heureux. Le mot “FIN” s’écrie sur l’écran, la lumière se rallume et le miracle est là. La mère supérieure nous demande de rester assis sur nos chaises, sagement, exercice difficile pour nous. Les sœurs et les institutrices saisissent des paniers remplis de clémentines et descendent entre nos rangs de chaise. La joie et l’excitation sont palpable, la salle résonne de notre impatience. Nous tendons nos petites mains et nous recevons deux clémentines comme des trésors inestimables. Je les sens avec le nez, avec mes doigts. J’aime la texture de la pelure, j’aime l’odeur, j’aime ce moment. Je les dépose délicatement dans ma poche. Je l'ai mangerai plus tard, dans ma chambre, quand je serai tranquille,lisant un livre. Pour le moment, j’attends.

La mère supérieure a aussi un panier devant elle, mais aucune clémentine n’en sort. J’attends le coeur battant. Elle attend aussi. Elle attend que toutes les clémentines soient distribuées avant de commencer SA distribution. J’écoute sa robe noire frôlée les chaises. Elles se rapprochent de ma rangée. Nous sommes toutes très calmes contrairement à nos habitudes. Les murmures dans la salle nous font comprendre que le présent est à la hauteur de notre espérance. La mère supérieure est devant moi, je lui tends mes deux mains doucement en la regardant. Comme elle m’impressionne ! Elle me sourit ? Oui ! La mère supérieure me sourit et dépose sur mes deux petites mains deux petites boules de chocolat. DEUX ! Je n’en crois pas mes yeux. La voix tremblante, j’annone un “Merci” ridicule en comparaison de ce que je viens de recevoir. Je les regarde avec gourmandise. Je voudrais les croquer tout de suite, mais en même temps, je veux faire durer le plaisir, prendre le temps de les contempler. Je les porte à mon nez, comme cela sent bon. Je ne résisterais sans doute pas longtemps, mais je ne veux pas non plus les dévorer, je leur manquerais de respect.
C’est l’heure de quitter la salle et de retourner dans nos salles de classe pour y récupérer nos cartables. Prestement, je dépose une des deux boules de chocolat et croque un morceau de l’autre. Il fond dans ma bouche. Je le fais durer, je ne veux pas finir tout de suite. Il faut se résoudre à l'inexorable, je finis ce chocolat.

Enfin, je rentre chez moi, mon chat m’accueille comme tous les soirs. C’est-à-dire, il ouvre un œil, s’étire dans son couffin, fait un tour sur lui-même et se rendort. Qu’à cela ne tienne, je file dans la cuisine pour me préparer un chocolat chaud et réconfortant. Je ne suis pas née dans un pays à neige, je n’ai que très rarement eu à affronter la burle. Il ne m’est arrivée qu’une seule fois de tomber dans une congère alors que je me promenais avec mon père et notre chien, un des rares jours de neige chez nous. Il faut bien que je me rende à l'évidence : je ne saurais jamais pourquoi la vue de la neige me ramène à cette journée si particulière. 

Ce que je sais, c'est qu'aujourd'hui encore, quarante-cinq ans plus tard, j'aime toujours manger mon chocolat noir avec une clémentine. 

Musique d'accompagnement : CHOPIN.

Rédigé par Evglantine

Publié dans #Nouvelles

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