Les Warnoc'h 2 - L'Alliance - 1&2

Les Warnoc'h 2 - L'Alliance - 1&2

 

Chapitre 3 - 1
 

Si Jugon trouve rapidement ses marques chez les Warnoc'h, il n'en est pas de même pour son jumeau, Alrian. En tant que scientifique, il a besoin de preuves tangibles et renouvelables à la demande. Son incapacité à exceller dans les domaines de l'irrationnel le bloque dans la compréhension du processus mental permettant l’exploration de la sphère astral. Terre à terre et plus que cartésien, si cela est possible, Alrian s’ennuie. Rester des heures dans la même position dans l’attente d’une connexion, lui est une vraie torture. Il veut créer, évoluer, chercher, peser, quantifier, vérifier. Que peut-on vérifier quand tout se passe dans la tête ? Toutes ces pratiques échappent à son jeune esprit. C'est donc, avec hâte qu'il attend leur départ prochain. Ils doivent rencontrer des Némétons, un peuple qui œuvre dans les modifications génétiques des plantes. Quelques choses de réel avec des applications visibles quasi-immédiates. Viendra ensuite la rencontre avec les Domnohés, peuplade installée sur des terres arides et rocailleuses. Ils maîtrisent la géologie. Puis ce sera au tour des Kernes de les accueillir. Un peuple nautique vivant sur des îles végétales construites par leurs ancêtres. Ils termineront leurs années d'apprentissage chez les Pohers où ils apprendront à maîtriser le vent. Tous des peuples ayant des connaissances physiques et visibles, quantifiables et vérifiables, du scientifique !

Mais Jugon quant à lui, n’a pas le moins du monde envie de quitter les Warnoc’h. Le jeune garçon s’est pris d’amitié pour une jeune personne du nom de Nennoc’h, fille de Lagayadr et de Duane.

Dès leur première rencontre, ils ont « fusionné ». On ne voit jamais l’un sans l’autre. Pourtant, à première vue, tous les oppose. Nennoc’h c’est l’intrépidité, l'inconscience, la témérité. Jugon, c’est plutôt la réflexion, la mentalisation, et la poésie. Nennoc’h n’avait de cesse de le pousser hors de ses limites alors que lui tempérait son enthousiasme. Jour après jour, ces deux-là se comprenaient de mieux en mieux, amélioraient leur performance, développaient de nouvelles techniques d’apprentissage. En quelques semaines, le jeune homme fragile et hésitant avait disparu au profit d’un jeune adulte confiant et réfléchi.

 

Le temps du départ approche, Alrian est ravi et Jugon se fait une raison. C’est la règle et il n’a pas pour habitude d’y déroger. Pas de tristesse non plus du côté de Nennoc’h, elle commencera son apprentissage dans un an et partira en premier chez les Kernes. Et une amitié comme la leur, ne peut se dissoudre dans le temps, c’est ce qu’ils se disent. Tout est prévu, calculer : ils resteront en contact jusqu’à l’âge adulte !

Depuis quand la vie vous donne exactement ce que vous aviez choisi ?

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Chapitre 3-2

Alors qu’Alrian dort du sommeil du juste, il est brutalement réveillé par Jugon qui le secoue comme un prunier.

- «Ho ! Ça ne va pas la tête ! Jugon arrête de me secouer comme ça, j’ai l’impression d’être sur un bateau en pleine tempête.

- Réveille-toi, vite ! Il faut qu’on se dépêche !

- Se dépêcher ? Pourquoi ?

- Vite ! Le roi Duane est en danger. Mais bouge-toi à la fin, ou j’y vais sans toi !

- Hé ben ! Va-z-y et laisse-moi dormir !

- Si je n’avais pas besoin de toi, c'est ce que je ferais, mais ce n'est pas le cas. Sans toi, je ne peux rien faire.  Je ne pourrais pas le sauver tout seul. Tu sais mieux te battre que moi.

- N’importe quoi ! Tu veux le sauver de quoi d’abord ?

- Il va mourir aujourd’hui, ce matin !

- Ah ? Oui ? Et comment ?

- Arrête de poser des questions et vient avec moi, s’il te plaît, Alrian.

- D’accord, le temps que je prenne mon petit déjeuner.

- Alrian !!!

 

- Je blague. »

Un bardage prêt au bout du lit, ça sert parfois. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Alrian est prêt. Les jeunes garçons sortent précipitamment alors que leur mère d'accueil les appelle pour le petit-déjeuner. Sans un mot, ils courent dans la rue en direction du domaine royal. Arrivée devant la porte d'entrée, ils se mettent à donner de grands coups de poings pour attirer l'attention des gardes. L’œilleton s'ouvre et un garde crie à qui va là ? Jugon demande fermement à ce qu’on les laisse entrer, une question de vie ou de mort pour le Roi. Le garde referme l’œilleton et le temps s’arrête. Les garçons entendent un conciliabule. Il n’est pas possible à un Warnoc’h de n’avoir pu anticiper un drame de cette ampleur. C’est forcément des voleurs ou autres criminels. Qui ne dit qu’ils n’ont pas l’intention de tuer eux-mêmes le Roi avec un tel subterfuge ?

-" Dépêchez-vous ! Je vous dis que le roi est en danger de mort ! Laissez-nous entrer, maintenant ! hurle Jugon tout en continuant de donner des coups de poings et des coups de pieds dans la porte.

- Nous ne vous croyons pas ! Arrêtez ce raffut avant que nous vous enfermions dans la plus sombre de nos cellules, espèce de gosses mal élevés !

- Je vous dis que Duane court un grave danger ! s’énerve Jugon. Si vous ne voulez pas nous laisser rentrer, allez au moins jusqu’à sa chambre pour vérifier que tout va bien.

- Suffit ! Retourner chez vous, c’est notre dernière sommation.

- Nennoc’h ! Nennoc’h, s’époumone Jugon. Nennoc’h, ton père court un grave danger !

Tout ce vacarme fini par réveiller la jeune fille qui, reconnaissant la voix de Jugon, se précipite vers la porte d'entrée et sans ménagement somme les gardes de les laisser entrer. La porte à peine entre ouverte que les garçons se glisse à l’intérieur du domaine. Jugon saisit la main de Nennoc’h et tous se ruent vers la chambre du monarque. La porte heurte violemment le mur quand ils pénètrent dans la pièce. Le lit est défait. Un silence de plomb s'abat sur les adolescents. Paniquée, Nennoc'h appelle son père de toute sa voix. Les garçons arrachent les draps du lit, regardent dessous, ouvrent en grand les placards alors que Nennoc’h se précipite dans la salle de bain.

Duane est là, allongé à côté de la baignoire. Il est sur le dos, la main droite sur son flanc gauche. Il respire difficilement. Le sang rouge qui s’échappe de la plaie s’étire doucement sous le corps du monarque. .

Alrian fait demi-tour et court chercher le chirurgien-médecin. Comme les couloirs peuvent être interminables quand le temps est précieux. Jugon et Nennoc'h tente de stopper l’hémorragie le mieux qu'ils peuvent. Enfin, le chirurgien-médecin, suivi de deux infirmiers entrent dans la salle de bain.

-"Que tout le monde sorte de là ! Je m'en occupe.

- Non, je ne bougerai pas de là tant que je ne saurais pas si mon père va vivre ! rétorque Nennoc'h.

Déjà l’homme de science ausculte la blessure du roi, la plaie n’est pas belle. La dague qui l’a faite devait être tranchante sur les deux côtés de la lame. Duane ne voit pas les personnes qui s’affairent autour de lui. Pendant ce temps, les garçons cherchent des indices, ils veulent savoir qui a pu commettre un acte aussi odieux.

Le maître des armées fait éruption dans la chambre, criant, gesticulant. Sans les regarder, il intime l'ordre aux jumeaux de ne toucher à rien et de sortir plus vite que ça. Les garçons ne se font pas prier et quittent les appartements du roi Duane sans mots dire. Arrivée dans la cour centrale, Jugon se laisse tomber sur un banc. Il s'en veut, il a sûrement mal calculé son intervention.

- "J'ai mal vu !

- Ne t'en veux pas, Jugon. Déjà, je me demande comment toi, Jugon, débutant, tu as pu prévoir

 

cette attaque alors que son peuple, normalement, doué pour ces visions, n'a rien vu.

- Je ne sais pas. Peut-être que les agresseurs ont un moyens de bloquer ces visions chez certaines personnes et que je n’en fait pas parti ?

- Donc c'est bien ce que je dis : ce n'est pas fiable !

- Ce n'est pas le moment de nous disputer sur ce sujet.

- Tu as raison, d'ailleurs, j'ai quelque chose à te montrer. Je l'ai trouvé dans la chambre de Duane. J’ai l’impression que cela peut appartenir au coupable.

- Tu rigoles ?

- Franchement Jugon ? »

Un cri interrompt la conversation. C'est Nennoc'h. Jugon se lève d'un bond, juste à temps pour recevoir la jeune fille en larme dans ses bras. Duane n'a pas survécu à sa blessure. Une voix dure et cassante les fait sursauter :

- "Je crois les garçons que ce qu'il nous arrive ne vous concerne pas. Je vais demander à votre père de vous transférer plus tôt que prévu chez les Némétons."

Personne n'avait remarqué l'arrivé de Lagayadr.

- "Maman, permettrez-vous à Jugon de rester, s'il vous plaît ? Je ne veux pas rester seule. supplie Nennoc'h

- Ma fille, c'est un moment que les Warnoc'h doivent vivre entre eux, je ne vois pas l'intérêt de mêler un étranger à notre douleur.

- Maman, s'il vous plait ? Jugon n'est pas tout à fait un étranger. Vous avez vu à quel point il était proche de notre peuple. Il a été le seul à sonner l'alarme. Aucun Warnoc'h n'a été en mesure de prévoit la mort de père ! Je pense qu'il a le droit de rester avec nous.

- Si c'est ce que tu veux ma fille, j'accepte, mais son frère partira ce jour. Alrian, allez faire vos affaires, vous retournez chez vous. Votre père avisera à votre arrivée. Quant à vous Monsieur Jugon, vous allez vous installer au domaine avec nous. Je vais demander à ce que l'on vous prépare une chambre. Je veux pouvoir garder un œil sur vous. Qu'il soit fait ainsi, ma fille et je ne veux plus vous entendre."

Altière, la reine leur tourne le dos, elle les laisse sans rien ajouter de plus. Pas un mot de réconfort pour sa fille.

 

 

 

 

 

 

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Chapitre 2

Et de légende à la curiosité, souvent il n’y a qu’un pas.
Certains courageux ont bien tenté d’escalader la montagne pour voir ce qu’elle recelait de précieux. Malheureusement, le système de miroir qui repousse la lumière vers l’extérieur avait un terrible défaut : elle aveuglait et brûlait. Bientôt, il n’y eut  plus ni faune ni flore. Seuls restaient des rochers et de la terre aride qui se transformait, année après année, en poussière. Les imprudents, attirés par la lumière qui se dégageait du cirque montagneux, croyant leur chance arrivée, avaient peu de chance de survivre une fois la crête franchie. Soit ils mourraient d’une chute après être devenu aveugle, soit la soif les rattrapaient. Quelques chanceux ont pu être recueillis par des Osismes qui ramassaient des pierres. Une fois à l’intérieur du Dôme, soignés et protégés, peu nombreux furent ceux à rentrer chez eux. Le peuple des morts, comme on les appelait dans la vallée, avec encore frappé. Au fil du temps, il y eu de moins en moins de curieux.
Les échanges tant commerciales que sociales se faisaient par les tunnels traversant les montagnes et seulement sur autorisation.  
Par contre, tout à côté, enfin de l’autre côté de la montagne, des contrées entretenaient de bonnes relations avec ce peuple silencieux et discret. Ces relations courtoises permettaient aux Osismes de bénéficier de marchandises venant d’ailleurs et de vendre leur technologie. La paix régnait sur tout un territoire grand comme une planète.
Aujourd’hui, le Dôme a disparu !
Alrian regarde la neige tomber. Il y a tellement de chose qui se sont passés, tellement de batailles gagnées, tellement de changement. C’était hier ses douze ans, ainsi que ceux de son frère jumeau : Jugon. C’était hier que leur père, Gwydion les pressaient pour le départ.
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  • “Alrian! Jugon ! dépêchez-vous un peu, vous êtes encore les derniers. Tous les autres sont déjà dans la grande salle.”

Gwydion entend du mouvement dans la chambre des garçons, c’est donc sans cérémonie qu’il entre dans la pièce.

  • “Non, mais c’est pas vrai ! Les valises ne sont pas encore bouclées ? Mais c’est quoi ce travail ? Il me semble vous avoir dit d’être prêt à dix heures, pas à midi. Ha la la !”

Tout en bougonnant, Gwydion saisi la première valise devant lui et vérifie à la hâte son contenu, semble satisfait et d’un coup sec, la ferme.

  • “Tient, Alrian, prend ta valise. Jugon donne moi la tienne, tout de suite !
  • Elle est faite,  tad ! J’ai plus qu’à la fermer.
  • Et bien, donne j’irais plus vite que toi !"

Clac, et voilà ! La seconde valise est fermée. Gwydion la tend à Jugon et presse ses fils en les poussant hors de la chambre. Même s’il ne faut que dix minutes pour se rendre de chez eux à la grande salle, il ne serait pas bien vu que la famille du chef des armées arrive en retard aujourd’hui.
C’est le grand jour des départs ! Tous les enfants qui auront douze ans dans les six premiers mois de l’année ou ayant eu douze ans dans les six derniers mois de l’année précédente, quittent leur famille pour cinq longues années. Ils voyageront à la découverte des autres cultures, des autres tribus et reviendront avec plus de savoir et de sagesse. Au cours de ces années, ils reviendront tous les trois mois dans leur famille pour quinze jours. Ils feront un compte rendu de leur séjour devant le conseil. L’objectif étant de parer aux problèmes éventuels qu’ils pourraient rencontrer et non de les sanctionner.
Après avoir claqué la porte de la maison, Gwydion traîne ses fils par la main, ceux-ci traînant leur valise comme ils peuvent. Ils traversent la place des Héros à grande enjambée pour le père, au pas de course pour les enfants. Enfin, la famille HEGARAT arrive sur le parvis de la salle. Gwydion pousse littéralement les garçons devant lui. Geste maladroit du père ? Pied qui se prend dans les valise ? Toujours est-il que l’arrivée d’Alrian et Jugon ne se fait pas des plus discrète.  La valise de Jugon se met de travers, Alrian ne s’en aperçoit pas et tout ce petit monde se retrouve par terre. Gwydion ne reste pas à relever ses fils, il doit rejoindre le conseil. Déjà une trentaine de famille attend de connaître la destination des enfants. Des larmes coulent déjà. Des parents qui ont gardé un mauvais souvenir de leur propre départ ne peuvent s’empêcher d’avoir les yeux qui pleurent. Des enfants un peu effrayés s’accrochent à leur parent. D’autres sont déjà tout énervés des voyages à venir. Ils se bousculent, se chamaillent, impatients. Il y a longtemps que leurs parents ont abandonné tout idée de les calmer. Seul le brouhaha provoqué par la chute des jumeaux arrivent à apporter un peu de calme, mais pas très longtemps. Un grand éclat de rire par du fond de la salle et gagne à peu près tout le monde. Alrian est furieux et Jugon baisse la tête, honteux. Pas le temps à perdre en état d’âme, le conseil entre dans la pièce et s’installe derrière d’énormes bureaux en bois. Tous habillés de blanc, ils ont un peu l’air de fantôme. Le silence se fait aussitôt.
Alors que tous les membres du conseil s’assoient, une femme reste debout ; elle regarde les gens devant elle avec un regard joyeux. Elle sourit, tourne la tête à droite puis à gauche, cherchant à attirer le regard de tous puis se lance :

  • “ Cher tous, c’est une énorme joie pour moi de procéder au lancement de cette journée de départ. Je pourrais vous raconter dans un long discours tout les bienfaits de ces cinq années, tout ce que j’y ai appris, tout ce que j’y ai découvert mais ce serait un peu dévoiler la fin d’un bon livre à ces enfants. Néanmoins, je peux leur dire ceci : c’est grâce à ces cinq années passées loin des miens que j’ai pu faire mes preuves. C’est grâce à ces cinq années à voyager de société en société que j’ai le plus appris. Et c’est grâce à ces cinq années que j’ai la joie d’être devant vous aujourd’hui. Ces années m’ont permis de comprendre bien des habitudes et des cultures. Elles m’ont permis de boucler avec succès mon cursus d’apprentissage et de faire de la fille du ramasseur de roche la conseillère principale des Osismes. C’est avec fierté que je vous souhaite de connaître autant de joie et de réussite que mes collègues et moi-même. Cette année, nous recevons en début d’apprentissage les enfants Warnoc’h et nos enfants se rendent chez eux. Nous avons tissé des liens solides avec Dame Lagayadr et Sieur Duane WARNOC’H et c’est avec une confiance absolue que nous leur confions nos enfants. Nous savons qu’ils seront bien traités et surtout qu’ils apprendront énormément de chose. Nous aurons donc 30 enfants en partance et nous recevons 31 enfants. J’invite donc les familles accueillantes à se rendre dans la grande salle du conseil où l’on vous guidera vers l’enfant ou les enfants que vous aurez sous votre garde. Je vous rappelle les devoirs qui sont les vôtres et les obligations auxquels vous avez accepté d'adhérer. Je compte sur vous pour considérer ces enfants comme les vôtres et de ne rien faire que vous n’auriez pas fait aux vôtres, voir même moins encore.  Parents, souvenez-vous de ces tendres années qui ont été les vôtres. Quant aux familles dont les enfants sont en partance, nous vous invitons à monter dans les transports collectifs qui vous conduiront chez les Warnoc’h comme le tirage au sort en à décider cette année. Je vous remercie pour votre calme et votre discipline lors de ce voyage que j’accomplirai en compagnie de notre chef des armées, Gwydion HEGARAT. nos enfants ayant atteint l’âge d’apprentissage. Merci à vous, Merci pour eux !”

Un garde en tenue marron au liseré vert ouvre la porte en grand et invite les parents à se diriger vers les transports collectifs. Contrairement aux années précédentes, et ce en fonction du nombre plus important d’enfants, ils voyageront en transport automotrice. Cela n’aura pas le charme d’un voyage en transport collectif tiré par un grival mais cela aura l’avantage de transporter plus de personnes et de se rendre plus rapidement chez les Warnoc’h.
Les enfants se sont calmés et certains petits fanfarons de tout à l’heure baissent la tête. C’est presque l’heure de la séparation, le temps n’est plus vraiment à sourire. Les bagages prennent places sur les toits, les familles à l’intérieur. Les sièges peuvent accueillir trois personnes, il y a deux lignes de sièges sur toute la longueur du véhicule. Gwydion et ses fils montreront dans les derniers. Il est normal de faire voyager à l’avant les membres du conseil et leur famille. Une fois tout le monde installé, La Famille HEGARAT suivit de celle de la conseillère KOANTIRI prennent place. Le chauffeur s’installe aux manettes de direction. Le moteur se met en branle, crache, crisse et se lance. Le transport collectif tremble, hésite puis décolle.
Le voyage ne dure pas plus d’une heure et déjà le transport se pose sur une grande place blanche. Les moteurs à peine coupés qu’une foule de gens se présente sur la place, Dame LAGAYADR et Sieur DUANE en premier. Alrian sert fort la main de son frère. Pour la première fois de sa vie, il a peur. Jugon le rassure d’une légère pression. La conseillère KOANTIRI descend la première et avance en direction du couple royal, suivi de la famille HEGARAT.

  • “ Dame Lagayadr, Sieur Duane, je suis si contente de vous revoir.
  •     Bienvenue conseillère KOANTIRI. Avez-vous fait bon voyage ?
  •     Très bon merci. Nous vous confions nos primo-apprenants cette année. enchaîne la conseillère sans laisser le temps à Dame Lagayadr de répondre. J’en suis ravie, je connais votre sérieux et votre application à rendre leur séjour le plus agréable et studieux possible. De plus, cette année, je vous confie plus particulièrement mon fils Evloghie.

    C’est avec plaisir que nous accueillons tous vos enfants que nous protégerons comme nous l’aurions fait pour les nôtres. Nous avons à cœur l’équité de traitement mais je veillerais personnellement à ce que votre fils ne soit ni plus ni moins bien traité que chacun d’entre nous. Mais trêve de civilité, chères familles, je vous invite à suivre mon époux Duane qui vous conduira à salle du conseil où vous trouverez les familles accueillantes tenant un écriteau avec le nom de l’enfant qu’elle reçoit. Je vous remercie pour votre calme. Souvenez-vous de vos années d’apprentissage. Merci à tous."
Puis se tournant vers Gwydion :

  •  Gwydion, quel plaisir de te revoir. Tu nous fais languir de ta présence. Je m’attendais à ce que tu passes avant de nous confier les jumeaux. Ou sont-ils d’ailleurs ?

C’est le moment choisi par les garçons pour se précipiter sur la reine.

  •  Lala ! crient-ils en lui sautant au cou.
  •  Voyons les garçons, un peu de tenue ! Nous ne sommes pas là en visite amicale, leur lance Gwydion en les attrapant par les manches.
  • Pas facile tous les jours le protocole, n’est-ce pas les petits ?

Un peu vexé, ni Alrian, ni Jugon se donne la peine de répondre.

  •  Allez les petits monstres, on y va ! Allez trouver vos familles accueillantes. Mais sachez qu’au moindre problème n’hésitez pas à venir nous trouver, Duane ou moi.
  •  Oui Lala, on n’y manquera pas. répondent-ils enfin.
  •  Je te laisse Lagayadr, je les accompagne, j’aimerais connaître les familles qui vont les accueillir.
  • La famille !
  • Comment-ça, la famille ? Ne me dit pas que tu as mis les garçons ensemble ?
  • J’avais justement une famille dont les jumeaux sont partis depuis deux années et qui s’ennuyait. J’ai trouvé que c’était une bonne opportunité pour les jumeaux.
  • Tu n’aimes pas cette famille, c’est ça ?
  • Gwydion, voyons ! Ce sont des gens tout à fait charmant et tes enfants ne pourront pas être mieux. Je te le garantie.
  • Je te fais confiance, Lagayadr.
  • Comme je te fais confiance pour nos enfants.
  • Tout à fait.

Dans la salle, les parents et les enfants se disent au revoir. Quelques sanglots plus tard, tout le monde est parti vers sa destination. Alrian et Jugon ont serré très fort leur père dans leur bras et ont suivi sans rien dire leur famille accueillante.

 

Chapitre 1

Accoté contre le chambranle de la fenêtre du bureau, Alrian regarde la neige tomber. Troisième jour de neige et le ciel blanc n’annonce pas d’amélioration immédiate. Il aurait préféré que les festivités se passent sous de meilleurs auspices, c’est toujours plus agréable de faire la fête à l’extérieure et cette neige imprévu avait bouleversé les plans initiaux. L’hiver attendu était arrivé sans tambours ni trompettes mais avec sa cohorte d’effets désagréables. Son âge et ses rhumatismes n’aiment pas vraiment le froid et l’humidité. Le simple fait d’y penser le fait frissonner alors qu’il se trouve dans une pièce bien chaude. Il allait falloir s’y habituer plusieurs mois durant.

Les Osismes n’apprécient pas les changements climatiques, ils sont restés trop longtemps protégés des aléas du temps. Bien enfermé dans leur bulle, ils se plaisaient à regarder les hivers trop rudes et les étés trop chauds par leur fenêtre. Rien ne les atteignait à cette époque. Pas comme aujourd’hui ! Il faut supporter des chauffages qui ne sont jamais à la bonne température, des climatiseurs souvent en panne. Même après la victoire, ils auraient dû le laisser en place. A quoi ça sert de sauver la nature si c’est pour que le peuple se gèle en hiver et grille en été ?

La ville, enchâssée dans un cercle montagneux, avait longtemps été protégée par un dôme de verre tain. Il était d’une époque où personne ne se souciait encore de l’impact d’une telle construction sur la faune et la flore. C’était le temps où ils étaient tout-puissants, faisant la pluie et le beau temps sur le territoire. Régissant les communautés avoisinantes sans beaucoup d’état d’âme, il faut bien l’avouer.

C’était avant ! Les anciens l’avaient dit et répété, martelé même, mais le conseil en avait décidé autrement.

Il faudrait souffrir le froid, la pluie, la neige, le vent et le soleil comme tout le monde, et tout ça pourquoi ? Pour protéger la nature ! Pff ! Dans les tunnels de communication, il y faisait toujours la bonne température, quel que soit le temps à l’extérieur. Les rues étaient agréables et tièdes tout au long de l’année. Personne n’avait à subir une quantité monstrueuse de vêtements sur soi pour pouvoir se déplacer d’une maison à l’autre. Une tunique, un pantalon et c’était bon. Maintenant, il faut tellement de temps pour s’accoutrer en hiver qu’il faut prévoir bien en amont ses sorties.

Après maintes et maintes plaintes, les tunnels qui avaient échappé à la destruction ont été remis en état, mais ils restaient glacials en hiver et tout juste tempéré en été. Les êtres humains, d’où qu’ils viennent, sont des animaux à habitude et il n’est pas chose facile de les faire changer. Il fallait accepter les critiques et attendre que les choses se calmes.

En regardant les enfants jouer dans la neige, Alrian sait qu’il a pris la bonne décision. Il fallait détruire se Dôme qui protégeait les humains et détruisait tout le reste. Lui-même, enfant du Dôme avait encore, parfois du mal à reconnaître sa chère vallée. Et aussi quand les vieilles blessures se rappelaient à lui, la nostalgie d’une atmosphère constante le gagnait. Dans ces moments-là, il se contentait de regarder par la fenêtre et de regarder la nature pour qu’il en oublie aussitôt ses regrets.

C’était, il y a cinq générations avant lui. Après un hiver particulièrement rigoureux ayant causé la mort de nombreuses personnes,  la pire des décisions pour la nature fut prise. Puisque le peuple peinait à isoler ses maisons, le devoir du roi était de le protéger. Comme il manquait d’ouvriers compétents pour s’occuper de toutes les maisons, il décida de réaliser une seule et unique construction qui garderait la vallée à une température constante, toute l’année. Les meilleurs ingénieurs de la vallée et d’ailleurs se sont présentés au palais avec tous d’excellents projets, quoi que souvent irréalisable. Un petit verrier habitant au fond d’une ruelle sans issue proposa L’idée ! Celle qui verrait le jour et resterait en place pendant cinq génération : Un Dôme ! Un gigantesque dôme qui couvrirait la vallée et garderait les gens à l’abri. Il expliqua avoir  eu l’idée après avoir renversé un bol sur un oisillon pour qu’il ne meurt pas de froid. A peine eut-il fini d’exposer son projet que tous les ingénieurs présents ce jour-là allèrent de leurs savants calculs. L’acharnement, l’obstination, la ténacité finirent par porter leur fruit et ils purent  proposer LA solution : un Dôme, verre et miroir, qui captera les rayons du soleil et fournirait ainsi de la chaleur et repousserait les UV vers l’extérieur afin que les habitants ne grillent pas sous la coupole. On peut se demander pourquoi n’ont-ils pas simplement quitter la vallée ? Sans doute que les dernières années de combats incessants ont joué en faveur d’une vie cachée par la hauteur des montagnes.

C’était en oubliant que souvent les créations des hommes sont à double tranchant. Le Dôme n’y échappa pas. Conçu pour protéger les hommes, il devint rapidement un destructeur de la nature environnante et fit déserter la vallée de sa faune. Mais loin de s’en inquiéter, les anciens s'enferment encore plus dans leur paranoïa et bâtirent des tunnels pour se rendre d’un côté à l’autre du cirque. Bientôt, la ville ressemble à une énorme araignée coincée par des montagnes. Personnes n’étaient autorisées à sortir du Dôme dans la vallée. Seuls quelques marchands possédaient des lettres de cachet permettant d’entrer et de sortir de la ville. Comme chaque tunnel montagneux donnait sur un tunnel bâti par l’homme, bientôt, il ne fut plus possible de passer sans être contrôler. Les Osismes acceptaient sans ciller ces nouvelles directives, trop content de pouvoir se poser tranquillement et vivre tout simplement. Ils montèrent des serres et des fermes sous cloche, développèrent des techniques de cultures sous le Dôme et s’installèrent dans leur autarcie.

La luminosité étant très forte à l’extérieur des maisons, ils prirent l’habitude de se voiler les yeux, et par là même le visage. Jugeant ce système très efficace pour éviter les brûlures, bientôt, tous les habitants se recouvraient d’une grande robe traînant au sol, d’une cape avec une large capuche qui retombe sur le front et les yeux. Pour pouvoir se reconnaître, il fut décidé de modifier  les couleurs que l’on soit jeune, vieux, homme ou femme. C’est ainsi que les enfants de la naissance jusqu’à l’adolescence portaient des habits de couleurs orange avec un liseré blanc, les jeunes femmes de moins trente ans, arboraient un rouge carmin avec un liseré mauve, les jeunes hommes de moins de trente ans, un marron clair avec un liseré blanc. Les plus de trente ans se paraient d’un blanc et liseré bleu pour les femmes et d’un vert foncé avec un liseré jaune pour les hommes. Puis, années après années, les familles voulurent se reconnaître entre elles et les motifs vinrent compléter les tenues.

De l’extérieur, voir toutes ses formes glisser sur le sol pouvait impressionner et bientôt, les bardes et les conteurs qui traversent les territoires chantèrent l’histoire de ce peuple caché dans la montagne. Il n’en fallait pas plus pour que des légendes naissent et s’amplifient.

 

Rédigé par Evglantine

Publié dans #Romans

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