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Publié le 12 Mars 2016

Errance (chapitre 4)

Errance.

Un vendredi c'est vite arrivée quand on ne le désire pas. Charlotte n’a aucune idée du lieu où elle va dormir pour ce premier weekend solitaire. Elle hésite à redemander à Fanny, son père n’est pas réputé pour être le plus accueillant des hommes.

Pourquoi pas demander à sa vieille copine Lydie qui habite vers Ploërmel ? Sur ! Elle ne dira pas non, mais comment aller jusque là bas ? En stop, ça peut prendre combien de temps ? Et pour revenir ?

Les cours sont finis.

Charlotte, assise sur un des bancs de la cour de récréation en est là de ces réflexions quand un sac heurte sa jambe. Charlotte sursaute.

- Non, mais, ça va pas la tête ? commence-t-elle à s’énerver.

- Hey ! On se calme. Je t'appelle depuis au moins 10 minutes, mais tu n’entends rien. Tu penses à quoi là ?

Roland, mains dans les poches de son blouson la regarde avec inquiétude.

- Est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose que tu ne m’aurais pas dit, par exemple ?

- Que veux-tu que je te cache, on n’est toujours ensemble. Répond brusquement

Charlotte.

- J’ai bien vu cette semaine, que Fanny et toi faisiez des cachotteries. Tu me prends pour un aveugle peut être ?

- Mais n’importe quoi ! Pourquoi veux-tu que je te fasse des cachotteries ? T’es mon meilleur ami.

- Justement ! Je te connais comme personne et là, je vois bien que tu me caches des choses et ça ne me plaît pas des masses que tu ne me fasses pas confiance.

Roland fait semblant de ramasser son sac, comme s’il allait partir.

- Roland, s’il te plaît, reste!

- Alors dit moi tout.

Le jeune homme jette son sac au sol et s’assoie près de Charlotte, épaule contre épaule.

- Tu sais bien que tu peux tout me dire, que je sais garder les secrets mieux que personne. Allez, dit tout ! la supplie-t-il.

- Ben … Ce n’est pas facile.

- Lance toi ! C’est grave ?

Roland commence vraiment à être inquiet. Jusqu’alors il pensait que ce n’était que des histoires de filles, peut-être que Fanny est amoureuse, un truc dans le genre. Mais le regard triste de Charlotte, sa façon d’hésiter avant de parler… Ce n’est pas bon signe. C’est forcément plus grave qu’une simple amourette. Tout d’un coup, il ne sait plus s’il doit la brusquer ou la laisser parler sans rien dire. Dans le doute, il pose sa main sur la main de son amie, presse doucement ses doigts.

- Je t’en prie Charlotte, ne me laisse pas dans le doute, c’est trop inquiétant. Je vois bien qu’il t’es arrivé quelque chose de grave. Je peux peut-être t’aider, tu sais ?

- Je ne sais pas.

Charlotte hésite encore. Il lui ait si difficile de parler de ça. Les mots matérialisent son mal

être. Les prononcer ne font que renforcer son désarrois. S’entendre évoquer ce qu’il lui est arrivé le dernier week-end lui semble au-dessus de ses forces. C’est pour cela qu’elle ne lui en a pas encore parler. Tant qu’elle avait encore l’impression d’être comme les autres, tant qu’elle pouvait vivre comme n’importe laquelle des lycéennes, elle pouvait mettre son problème dans un coin de sa tête et surtout, surtout ! Ne pas y penser. Mais voilà, on est vendredi, et l’internat ferme ce soir. Elle a passé dans sa tête tous les endroits où elle pourrait trouver refuge. Mais cela veut dire qu’elle doit s’expliquer. Qu'à chaque appel téléphonique, il lui faudrait raconter son histoire. Sans être sure que son correspondant accepte de l’héberger.

- Charlotte ? S’il te plaît ?

Charlotte se blotti contre Roland. Sentir sa chaleur lui fait du bien. Elle reprend un peu de force. Enfin, assez pour se lancer.

- Je ne sais pas où dormir ce weekend.

Elle a parlé très vite, et très bas. Pourtant Roland l’a entendu.

- Excuse moi? commence-t-il doucement, comment ça “tu ne sais pas où dormir ce weekend” ?

Charlotte soupir. Il est évident qui lui faut expliquer davantage.

- Mes parents se sont séparés le weekend dernier. Ma mère est partie avec mes deux frères. Et moi, je suis là. Je ne crois pas que mon père accepte de me recevoir à la maison. Du coup, je ne sais pas où aller.

Roland est sous le choc. Comment a-t-elle pu garder cela tout la semaine sans lui en parler ? Il l’aurait aidé, l’aurait secondé, compris, enfin, tout ! Quelque part, il est vexé. Mais d’un autre coté, il l’a comprend. Ce n’est pas facile de parler de ses problèmes, surtout pour Charlotte qui a toujours été très secrète. Il savait que ce n’était pas la joie chez elle, mais il n’avait pas imaginé qu’un jour ses parents l’abandonnent sur le bord de la route. On est en février et le diplôme n’est qu’en juin. Il sent la colère monter en lui. Pas contre Charlotte. Sa charlotte. Non, en colère contre ses parents ! Comment peut-on oublier un enfant, dans une dispute ? Il voudrait les avoir en face de lui pour leur dire ce qu’il pense d’eux. Mais, c’est tout doucement qu’il caresse la joue de son amie.

-Tu vas venir à la maison. Ne t’inquiète plus. Ce weekend, tu sais où dormir. Et dès la semaine prochaine, on fait les démarche auprès de l’assistante sociale pour te trouver un logement pas cher.

Charlotte laisse couler ses larmes. Elle ne veut plus parler pour le moment. Juste rester contre Roland, se dire que ce n’est qu’un mauvais rêve et que tout s’arrangera très vite. Une erreur ! Sa mère ou son père vont se rendre compte qu’elle dort dehors et l’un des deux lui ouvrira la porte. C’est sur ! Roland ne bouge plus, il se contente d’attendre que les larmes se calment d'elles-mêmes. Le temps n’a pas prise sur eux, en ce moment, sur ce banc, dans la cour de récréation. Charlotte pleure doucement, presque sans bruit. Roland lui tient la main. Le temps s’enfuit. Il amène avec lui l’inquiétude de Charlotte. Peu à peu, les larmes s’assèchent. Charlotte se redresse, regarde Roland, et lui plaque un gros bisous sur la joue. Roland sourit.

- On va pouvoir y aller,maintenant ? lui demande-t-il gentiment.

- Je crois que oui.

- Tu avais fait ton sac ?

- Comme toutes les semaines, il m’attend sous le préau.

- Vient on va le chercher et on y va.

- On y va ? Comment ?

- T’es prête pour un périple en 50 centimètres-cube ?

- Sur ta ?

- Oui, sur ma petite moto ! De toutes manières, on n’a pas le choix. C’est ma moto ou mon frère ? Tu choisis quoi ?

Se souvenant de sa première rencontre avec le frère de Roland, sans hésiter, l’adolescente choisie la moto. Tant pis si cela demande un temps fou pour arriver jusqu’à Pontivy. Tant pis si elle a froid, au moins, elle ne sera pas seule ce premier weekend. D’un pas léger, elle suit Roland jusqu’au préau, se saisit de du sac de voyage trop gros, trop chargé. Pas pratique pour un voyage en moto. Le jeune homme fait la moue en regardant le bagage.

- Hum ! ça va pas être facile. Il va falloir que tu passes tes bras dans les anses, le caler sur le dos et que tu te tiennes à la moto. Tu crois que tu peux faire ça ?

- Faudra bien ! Je n’ai pas le choix.

Retour vers la moto. Ils s’y installent comme ils peuvent. C’est une petite cylindrée qui n’a de nom de “moto” que parce que Roland rêve d’en posséder une un jour.

Casques que sur la tête, gants aux mains, les voilà parti ! Une heure de route par une froide journée de février. Charlotte a l’impression qu’elle va perdre ses genoux tellement ils sont gelés. Ses pieds se recroquevillent dans les bottes. Ses yeux pleurent le trois quart du voyage. Elle n’est pas habituée à de si longs voyages en “moto”. Elle s’accroche comme elle peut. Elle tient fort le blouson de Roland. Il dure une éternité ce parcourt.

Enfin ! Le panneau “Pontivy” est en vu. Ils sont arrivés.

Quai du Couvent, le pont, rue du Général Quinivet, rue des Noyers, rue Porlorino, impasse Porlorino. Charlotte lit tous les panneaux de rues afin de se retrouver. Elle ne connaît pas ce coin de Pontivy. Roland stoppe la moto entre deux maisons anciennes. La jeune fille a du mal à déplier ses jambes, les genoux ne sont plus très coopératifs. Vite, elle descend de la petite moto. Roland prend le temps de se garer correctement, enlève son casque, puis celui de Charlotte. Montrant la maison de droite, il explique :

- Cette maison nous appartient à mon frère, ma sœur et moi. Mon frère habite au rez-de-chaussée, ma sœur refait petit à petit le premier et moi, j’ai tout le grenier. Bon, il y a encore du travail, mais il y a un matelas, de la lumière et surtout du chauffage. Tu vas pouvoir te reposer tranquillement, et on verra pour trouver une solution dès lundi. Est-ce que cela te va ?

- Je serais difficile. Mais… Ton frère …

- Ne t’inquiète pas, il y a une entrée indépendante pour chaque logement. Il ne t’importunera pas. Vient, on va ranger ton sac. Ensuite, il vaudra voir pour manger.

Charlotte serre son sac contre elle et suit Roland sans plus rien dire. Qu’aurait-elle pu dire ? Au moins ce weekend, elle aura le ventre plein et un toit sur sa tête. La maison est charmante, l’escalier en bois ne fait pas trop de bruit. Effectivement, l’appartement du frère est séparé de l’escalier par une porte en bois. Les jeunes gens atteignent le premier. L’appartement est joliment agencé. Mais Charlotte ne voit pas d’escalier pour le dernier étage. Roland s’arrête en haut de l’escalier, entre un peu dans le couloir, puis attrape une perche et ouvre la trappe qui mène au grenier. Il se retourne vers Charlotte tout sourire :

- Mon chez-moi ! Tu verras dès que l’on ferme la porte, on se sent en sécurité. Personne ne peut entrer si tu ne lui ouvre pas la porte. Enfin si tu gardes la perche avec toi, bien sur !

- Oui, bien sur.

Charlotte n’est pas très rassurée. Mais Roland est déjà sur l’échelle, presqu’en haut, il se retourne, attrape le sac et le jette sur le sol poussiéreux et termine son ascension. C’est seulement après avoir vu son sac prendre la poussière que Charlotte se décide à monter. La pièce est en construction. Une table et une chaise forme le mobilier. Dans un coin, est abandonné un matelas pas trop défoncé. Charlotte pense alors à sa chambre douillette même sans trop de chauffage, et les larmes lui piquent les yeux. Elle respire profondément et fait bonne figure devant son sauveur.

- Bon, faut que j’aille voir ma mère, sinon elle va me faire une scène parce que je suis encore arrivé en retard. Mais ne t’inquiète pas, je te reviens après et je t'emmène à manger, promis.

- Vers quelle heure tu seras là ? demande Charlotte qui commence à avoir peur d’être toute seule dans une maison inconnue.

- Vers 20 h ? ça te va ?

- Bah !

- Ne t’inquiète pas. Tu trouveras une lampe dans le coin.

Se ravisant, Roland va dénicher une lampe de chevet cachée derrière une poutre et la branche à la seul prise du grenier. Il fait jouer l’interrupteur et une lumière jaune habille le décor de bois neufs. Il se penche vers Charlotte, baise sa joue gauche et dégringole l’échelle, et laisse la jeune fille fermer la trappe.

- A tout à l’heure.

Des bruits de ses bottes résonnent dans l’escalier, la porte d’entrée se claque, une pétarade, puis, plus rien ! Charlotte est toute seule. Perdue, elle se laisse tombée sur le matelas, serrant son sac contre elle. Encore une fois, les larmes envahissent son visage. Une boule au fond du ventre prend forme. Elle ne la quittera plus. Charlotte ouvre son sac, sort l’énorme peluche qu'elle trimbale partout et la serre contre elle. Tout ce qui lui reste de son ancienne vie, de sa vie d’enfant !

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Rédigé par Evglantine

Publié dans #Charlotte

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Publié le 23 Janvier 2016

Chapitre 2 : A la rue !

Février.

Froid et humide.

Charlotte quitte la rue Henri Guilledou et s'engage sur le boulevard Marbeuf. Elle doit gagner la route de Merdrignac. L'amie de la famille chez qui elle a passé le week-end n'a pas de voiture et Charlotte n'a pas d'argent. Donc le meilleur moyen pour rentrer au lycée reste l’auto stoppe. Ce dimanche matin là, elle s'est levée de bonne heure, elle a une longue marche à affronter, elle doit traverser Rennes. Sac à dos accroché au dos, un stock de courage engrangé, un bisou à Léa, l’amie de la famille, et Charlotte s’est lancée dans l’aventure dès huit heure du matin. Onze heure, enfin elle arrive à la sortie de la ville. Elle se place sur le bas côté de la route, détache son sac à dos, et attend les premières voitures. La R.N.est passante, il ne lui faut pas longtemps pour voir une voiture s’arrêter à sa hauteur. A Une vieille guimbarde colorée s'arrête devant la jeune fille. La pauvre fourgonnette avait dû connaître des jours meilleurs. Le jeune homme au volant est une caricature des hippies des années soixante. A sa droite, une jeune femme en robe longue, dort. Charlotte hésite puis se penche à la fenêtre du chauffeur et lui demande s'il va à Loudéac ?

- Ah, ben , Non ! Je vais à Collinée, mais je peux sans doute vous avancer un peu ?

- Ça tombe bien, j'ai une copine qui habite là-bas.

- Monter par la porte du fond, vous n'avez qu'à vous s’asseoir sur le sol, et vous accrocher.

- Heu ?

- Bah, ça ne risque rien ! On l'a fait des centaines de fois.

- Des centaines de fois ! C'est sur, ça ! confirme la jeune femme qui n’a pas ouvert les yeux.

- Bon ? Ben ! OK !

Charlotte s'installe comme elle peut à l'arrière du véhicule. On dirait que l'on a trimbalé des dizaines de chèvres à l'arrière. C'était peut-être ça les « centaines de fois » ?

Accrochée au siège avant, Charlotte rêve que le trajet prenne fin. Entre les odeurs et les soubresauts de la voiture sur la quatre voies, Charlotte a mal au coeur. Elle ne voit rien de la route, elle pourrait être n’importe où ! La voiture s’arrête. Charlotte ne sait pas si elle doit être heureuse ou inquiète.

  • On est déjà arrivé ? Se lance-t-telle pour maîtriser sa peur.

  • Non, mais on va être obligé de te laisser là, j’avais oublié que l’on devait aller voir quelqu’un dans un village là-bas. Ça ne te dérange pas ?

Ben, si ! Mais qu’est-ce que tu veux dire ? T’es juste une auto-stoppeuse. Alors Charlotte affiche son plus jolie sourire et répond :

  • Non, pas de problème ! Je trouverais bien quelqu’un pour rentrer. Nous sommes à combien de Collinée ?

  • Pas beaucoup, à peine 10 kilomètres.

  • Ha ? Oui ! D’accord ! Et c’est dans quel sens ?

Le jeune homme éclate de rire.

  • Ben, route de droite !

Et il redémarre !

Sympa les babas ! Route de droite ! Route de droite ? Mais quelle route de droite ? Charlotte regarde dans tous les sens, elle est au milieu d’un carrefour à quatre routes !

Elle remonte le col de son bombers, rattache son sac sur son dos et se positionne sur un côté de route. Bien sur, elle aurait pu commencer à marcher, mais dans quelle direction ? Il faudra un bon quart d’heure avant la première voiture. Charlotte fait de grands signes,à défaut de l’emmener à Collinée, ils vont sans doute pouvoir la renseigner. Quatre jeunes gens dans une 4L s’arrêtent à son niveau assez étonnés de voir quelqu’un sur le bas côté de cette route. La porte arrière s’ouvre, un jeune homme extirpe ses 1 mètre 87 de l’habitacle. Les vieux réflexes de peur se mettent en branlent chez Charlotte. Elle serre très fort la lanière du sac à dos.

  • Ben, qu’est-ce que tu fous là ? Lui demande-t-il simplement.

  • Je vais à Collinée mais les babas qui m’ont pris en stop m’ont jeté là. Ils avaient des potes à voir.

  • Ah ! Je vois de qui tu veux parler, t’es pas la première qu’ils abandonnent sur ce chemin. En fait, ils habitent juste à côté. Allez vient, on va au match à Collinée, on t’y jettera.

  • Heu ? C’est pas un peu tôt pour un match ?s’inquiète la jeune fille.

  • On mange sur place, la copine du grand dadais qui conduit nous a invité. Alors ? Tu montes ou pas ?

  • Y a de la place là dedans ?

  • T’inquiète ! Pat, pousse toi au fond, la demoiselle vient avec nous !

Le dénommé Pat râle qu’il n’y a pas assez de place finit par s’écraser tout contre la porte, Charlotte peut s'asseoir. L’ambiance est festif dans la voiture. Ils se chamaillent, rient fort, Charlotte se détend doucement. Sans plus d’encombre, elle arrive enfin à Collinée. La 4L stoppe sur le parking de l’église.

  • Tu viens boire une bière avec nous ? Demande le chauffeur.

  • C’est gentil, mais j’ai un peu faim et j’aimerais retrouver ma copine. Une prochaine fois, sans doute.

  • Ok ! Comme tu veux. Allez les gars, c’est reparti ! Kenavo la belle !

  • Kenavo, les gars, amusez-vous bien.

Charlotte s’engage dans la rue Saint-Guillaume, sa copine est la fille des épiciers. Il y a encore du monde plein les rues, la messe vient juste de se terminer. Quand Charlotte entre dans le magasin, personne ne la remarque. La mère, petite et rieuse, est à la caisse. Fanny est dans les rayons aidant une petite vieille trop petite pour attraper la boite de conserve qui l’a tente. Charlotte hésite, personne n’est avertie de sa venue. Elle traîne un peu dans les rayons quand tout à coup un cri la fait sursauté.

  • Charlotte !!!

Fanny, plus grande et plus costaud, vient littéralement la percuter, la serre dans ses bras, et lui crie dans les oreilles.

  • Charlotte, mais qu’est-ce que tu fais là ? Je suis trop contente de te voir.

Sans plus de cérémonie, elle tire l’auto-stoppeuse devant la caisse :

  • Maman, maman ! C’est Charlotte !! Tu sais Charlotte, je t’en ai parler !

  • Ma chérie, répond Maman avec un sourire très agacé, je comprends que tu sois heureuse, mais s’il te plaît un peu plus de retenu. On est dans un magasin, ici, pas dans une cours d’école ! Bonjour Charlotte.

  • Bonjour Madame. Désolée d’arriver ainsi, à l’improviste.

  • Pas grave. Va poser ton sac dans la cuisine et vient nous aider à ranger les rayons. Tu sais le faire au moins ?

  • Oui, Madame, mes parents ont, enfin, avait un magasin.

  • Alors au boulot ! Fanny montre lui le travail à faire et soyez calmes toutes les deux jusqu’à la fermeture, d’accord !

  • Promis M’man !

  • Oui, Madame.

Fanny se saisie du sac de sa copine, le jette dans la cuisine et revient en courant. Déjà Charlotte remet en place les produits d’hygiène. C’est fou ce que les gens sont désordonnés.

13 h, le magasin ferme. Charlotte est sur les genoux.

  • Les filles, lavez-vous les mains et à table. Isabelle, tu vas chercher ton père dans la réserve, s’il te plaît ?

Le père, bourru et intransigeant, ne s’était pas donné la peine de venir saluer Charlotte. Il domine sa femme tant pas la taille que par le caractère taciturne et violent. Ses filles avaient souvent eu à faire à ses gigantesques mains.

  • Papa, je te présente Charlotte, ma copine du lycée, se lance Fanny.

  • Hum !

  • Elle est toute seule aujourd’hui et ne savait pas où aller.

  • M’oui ! Bon à table, on verra plus tard.

Sans mots dire, tous s’installe autour de la table pour déguster le traditionnel poulet rôti avec ses pommes-de-terre au four. Dans un silence pesant, le repas s’éternise. Charlotte est très mal à l’aise et regrette presque d’être venue. Alors que la mère retire de la table les assiettes, qu’Isabelle, la soeur aînée de Fanny, amène le gâteau, l’ambiance semble se détendre. Le père sourit, Fanny est tranquille.

  • Bon, Charlotte, qu’est-ce qui t’arrive ?

Charlotte hésite, elle ne s’attendait pas à ce qu’il lui parle, comme ça, de but en blanc.

  • Tu peux répondre, Charlotte, lui glisse Fanny à l’oreille, il t’aime bien.

La jeune fille ne sait pas trop par où commencer son histoire, elle lui parait tellement incroyable. Fanny l’encourage du regard.

  • Heu ? Ma mère a quitté mon père vendredi soir, elle est partie à Paris.

  • Hum ! et ?

  • Mon père ne veut pas de moi et elle n’avait pas de place. Alors, je reste ici.

  • Tu as dormi où ce week-end ? questionne la mère.

  • Chez une amie de mes parents à Rennes. Mais je voulais revenir au lycée. Alors je suis partie ce matin en stop et la voiture s’arrêtait à Collinée. Je me suis dit que … Peut-être que ... Fanny et moi pourrions retourner à Loudéac ensemble ?

La mère regarde le père qui regarde à son tour sa fille. Le temps est suspendu à la réponse du père. Même Isabelle, que l’histoire ne concerne pas, attend.

  • Tu ne voulais pas y aller en stop Fanny ? demande la mère.

  • Si ! Vous êtes d’accord, dites ? S’il vous plaît ?

Le père réserve sa réponse. La mère attend la réponse du père et les jeunes filles se regardent, impatientes.

  • Je dois préparer mon camion cet après-midi.

Sans rien rajouter de plus, le père se lève et quitte la pièce. A peine est-il parti que Fanny se lève d’un bon :

  • Je vais finir de préparer mon sac. Tu me suis ?

  • Non, Charlotte attend là, sinon vous allez faire les folles et vous ne partirez pas à temps. Intervient la mère.

En moins de temps qu’il le faut pour le dire, Fanny est de retour dans la cuisine, fait la bise à sa mère et sort dans la rue.

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Rédigé par Evglantine

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